PARTI SOCIALISTE

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Témoignage de mon élection comme maire de Clichy il y a 30 ans, le 6 janvier 1985

Comme chaque année nous nous retrouverons dans les évènements du nouvel an, comme les après-midi des personnes âgées et la galette du Roi Dagobert. C’est dans ce cadre que j’évoquerai mon expérience de maire au cours de ses 30 ans. Je n’ai donc pas prévu de cérémonie officielle engageant les frais de la collectivité. C’est pourquoi pour répondre à l‘attente d’anciens et actuels collègues, je les ai convié à titre personnel à des retrouvailles conviviales 30 ans jour pour jour après mon élection comme maire. Dans mon allocution, j’ai rappelé que c’est la 2ème fois dans l’Histoire de notre ville qu’un Maire peut revendiquer avec fierté 30 ans de mandat. Le premier fût Georges LEVILLAIN, de 1947 à 1977. Son équipe municipale avait organisé une célébration avec la participation de nos villes jumelles, auxquelles il était très attaché, notamment Heidenheim pour la réconciliation franco-allemande. Il avait été décoré peu de temps avant par le président de la République Fédérale d’Allemagne dans l’équivalent de notre Légion d’Honneur. Gaston ROCHE, qui était déjà dans son équipe depuis plusieurs mandats, lui a succédé. C’est en 1983 que la Gauche s’est pour la première fois rassemblée avec Jacques DELORS, et l’arrivée des communistes. J’ai rappelé que c’est en juillet 1984 que le Président François MITTERRAND me convia à un de ses déplacements officiels dans le Puy-de-Dôme, où il m’annonça que Jacques DELORS serait nommé président de la commission européenne. Ne laissant rien au hasard, il m’a montré le jugement de Cour de Justice Européenne qui avait contraint l’ancien bourgmestre belge d’Anderlecht Simonet, à démissionner de son mandat de maire avant de prêter serment comme commissaire européen. Je devais me préparer à prendre la relève avant la fin de l’année. Ce qui se fît dans la parfaite courtoisie. D’ailleurs, dans la semaine qui suivie mon élection comme maire, j’étais avec une délégation du Conseil municipal de Clichy, les invités de Jacques DELORS pour sa prestation de serment à Strasbourg. J’étais un nouveau maire, mais lors de mon premier mandat, j’avais autour de moi des hommes et des femmes d’expérience. Comme Jean-Pierre AUFFRET, Bernard EMSCHWILLER, Bernard LABBE, Jean-Pierre RAYNAUD, Guy SCHMAUS qui nous a apporté son expérience de parlementaire. J’ai rappelé que lors des mandats suivants, j’ai pu constituer des équipes avec des personnalités diverses qui ont pu s’affirmer et apporté leurs compétences, comme Catherine ALFARROBA, Raphael AMARA, Jean-François GILLES, Patrick VIE, Roberte DUMAS, Ansoumany SYLLA, Georges PUTEGNAT. Et tous ceux qui sont présents ce soir. J’ai aussi tenu ce soir à saluer la mémoire de tous ceux qui nous ont quittés, dont celle d’Henri CONTE qui a joué un rôle décisif dans mon élection. J’ai aussi mentionné les conseils que m’a donné Georges LEVILLAIN lors de mon élection : « ce n’est pas le microcosme qui gravite autour de la Mairie qui fait les élections dans les urnes » Et deuxièmement « en 30 ans de mandat j’ai toujours battu à la loyale mes adversaires, mais tous les mauvais coups sont toujours venus de mon parti.. Alors regarde droit devant, mais garde un œil derrière. » Je me souviens aussi de ce mot manuscrit de Gaston DEFFERRE : « Si tu veux être réélu, dis leur chaque jour 9 fois non, une fois oui, et ils voteront pour toi ! » Le Clichy d’il y a 30 ans avait déjà sa personnalité. Mais c’était avant tout une ville industrielle. Je me suis retrouvé dans les mois qui ont suivi à affronter ma première gestion de crise : la fermeture des Usines Citroën et Câbles de Lyon, les deux plus gros employeurs et contribuables de la commune. Il a donc fallu gérer cette situation compliquée, mais qui nous a fournie l’opportunité avec la ZAC Citroën, de créer plus d’emplois, de construire de nouveaux équipements publics et des logements. Ce développement économique a permis à la Ville d’avoir des ressources économiques des entreprises, dont les bases sont les triples qu’elles l’étaient lors de mon arrivée. Dès mon arrivée, j’ai aussi affronté les 63 hôtels meublés qui accueillaient 3000 personnes à Clichy, avec plusieurs incendies dramatiques qui se sont déroulés. Cela a amené Clichy à être l’une des premières villes à engager un programme de résorption de l’habitat insalubre. Nous sommes passés à moins d’une dizaine d’hôtels meublés aujourd’hui, qui font tous l’objet d’un suivi attentif. Le nombre de logements insalubres est passé de 5000 à moins de 300. Pour cela il a fallu construire, et cela m’a été reproché, d’abord du logement social pour reloger les habitants des taudis et les démolir. Ce processus est en cours d’achèvement. En 30 ans, le taux de logements sociaux est passé de 20 % à 33 %, ce qui a permis à beaucoup de gens de rester à Clichy, alors que les populations modestes des communes voisines ont dû s’exiler dans la grande couronne. Mais cela n’a pas empêché les classes moyennes de venir à Clichy, en encourageant l’accession sociale à la propriété. Le fait que la ville ait refusé la facilité des emprunts faramineux, parce qu’elle avait su trouver de nouvelles ressources, et aussi un engagement à ses côtés de ses partenaires (Etat, Conseil régional, Conseil général). Cela m’a permis de construire des écoles (Prévert, Condorcet, Mendes France, Aragon, Toussaint Louverture, Senghor, Fratellini), de nouvelles crèches, de rénover le Lycée Newton. Ces écoles qui ont permis à beaucoup de Clichois de réussir. Mais aussi de nouveaux équipements sportifs : le stade Paillou, le terrain Morel, les gymnases Geoffrey et Mandela, les terrains Foucault et Chance Milly, le terrain Pasteur rénové, les installations de tennis. La culture a pris toute sa place, avec la rénovation du Théâtre Rutebeuf, la construction du conservatoire de musique, des ateliers beaux-arts, du centre d’Art contemporain du Pavillon Vendôme. Ce qui nous a permis d’accueillir des artistes de haut-niveau, mais aussi d’encourager les jeunes talents. Les jeunes, comme les familles, qui peuvent bénéficier d’espaces de convivialité : le centre Mozart, le centre sociale Gainsbourg, l’espace Henry Miller. Mais ce dont je suis sans doute le plus fier, c’est d’avoir triplé la surface d’espaces verts dans la Ville. Avant mon élection, Clichy ne comptait que le Parc Salengro et le square Heidenheim. Je revendique tous les espaces verts créés depuis : des jardins de l’Hôtel de Ville, qui étaient autrefois un parking, du Parc des Impressionnistes, du Parc Bich, des jardins : Coluche, Levillain, Rose Guérin, Jean Moulin, du 18 juin, Mercier, Charles de Gaulle, Chance Milly, Bretagne, Jacques Brel, Dagobert, Jean Monet. Je rappelle que la devise du Père Talvas, fondateur du NID, était « croire que c’est possible », c’est parce qu’ensemble nous y avons cru que tout cela a été rendu possible ! Par ailleurs je tiens à souligner que pour nous, le mot « intégration » est devenu hors-sujet, puisque tout naturellement, en s’appuyant sur la motivation et les compétences, j’ai fait accéder la diversité clichoise dans mon équipe municipale et dans notre administration. Nous avons constitué un patchwork de compétences dont je suis particulièrement fier. D’ailleurs j’ai vu une page Facebook intitulée « Tu sais que tu viens à Clichy si… », sur laquelle il y beaucoup de témoignages auxquels les clichois sont attachés, comme les séjours en colonies de vacances, la vie scolaire, etc. Car l’important à Clichy, c’est l’humain. Une ville humaine est une ville qui a une identité, une personnalité, une Histoire. Mon rôle de Maire c’est aussi d’incarner cette identité clichoise que nous revendiquons tous ici fièrement. Cela passe par une reconnaissance et une écoute de tous les clichois qui jouent un rôle actif dans la vie économique, sociale, citoyenne, culturelle et sportive. Dans les souvenirs qui m’ont marqué, j’ai encore celui du magnifique concert organisé pour les 80 ans de Flora ALBERTI, la grande harpiste, dont sa sœur Mathilde CASADESUS, aujourd’hui centenaire est toujours active dans le cinéma. J’ai toujours encouragé la richesse de notre vie associative et sportive. Je salue particulièrement la mémoire de trois grands noms du sport clichois : celle d’Albert BORTO, fondateur de l’USAC, de Gérard DURANT (natation), de Marguerite LAFFITO (athlétisme). Aujourd’hui je suis fier de voir qu’avec nos sportifs et nos clubs, la relève est là. Quand j’étais un jeune maire, j’étais soutenu dans mon travail par mes anciens. Aujourd’hui ce rapport d’amitié et de confiance je tiens à l’entretenir avec la nouvelle génération. Depuis 30 ans avec vous, je ne vois pas le temps passer… Mais comme vous, je me tourne vers aujourd’hui et demain. Clichy est en train de décoller dans un processus irréversible dans le cadre du Grand Paris. Nous nous retrouverons ensemble dans les combats à venir pour que Clichy reste une ville solidaire et soit demain encore plus durable. Parce que Clichy est une ville œcuménique, en ces 30 années je me souviens particulièrement de la dédicace de ses mémoires que m’avait fait Jeanne AUBERT, fondatrice clichoise de la JOCF, et du centenaire de l’entrée dans une loge maçonnique clichoise du communard Jean-Baptiste CLEMENT, auteur du Temps des Cerises, dont j’ai connu ses descendants clichois. Son petit-fils Robert venait chanter avec nous l’Internationale. Le Temps des cerises est aussi le tome 2 de la saga « Boro reporter photographe », qui décrit dans le détail la fusillade de mars 1937 en racontant les morts de Clichy, car Clichy était une ville pionnière dans la Résistance antifasciste. C’est pourquoi tous ensemble nous avons entonné autour de ses retrouvailles spontanées « Le temps des cerises ».

Publié le jeudi 8 janvier 2015 par redacteur